Qu’est-ce qui fait la différence entre un accompagnement en équicoaching réussi et une séance qui laisse un goût d’inachevé ? Cette question, Hervé et Sylvie Franceschi se la posent depuis plus de 15 ans. Fondateurs des Carnets d’Éveil et formateurs de 20 promotions d’équicoachs, ils ont observé et identifié les qualités qui permettent à un équicoach de créer cette alchimie particulière entre l’humain, le cheval et la transformation.
Au-delà des techniques et des protocoles, l’équicoaching repose sur des qualités humaines. Hervé et Sylvie ont accepté de partager avec nous leur vision des 5 qualités d’un bon équicoach. Des qualités qui se cultivent et s’affinent avec l’expérience, et qui constituent le socle indispensable de toute pratique respectueuse et efficace de l’équicoaching.
Sommaire : Les 5 qualités d’un bon équicoach
- L’écoute active
- La neutralité bienveillante
- La pertinence
- L’humilité
- La vigilance à la sécurité et au bien-être
Qualité n°1 : L’écoute active
L’écoute constitue le socle de toute pratique d’équicoaching réussie. Mais attention, prévient Hervé Franceschi, il ne s’agit pas simplement d’une technique à appliquer : « L’écoute active, c’est de la technique. L’écoute, c’est une manière d’être. »
L’écoute exige d’abord une posture particulière : apprendre à se taire, non seulement physiquement, mais aussi mentalement. Trop souvent, explique Hervé Franceschi, les équicoachs croient écouter tout en parlant constamment, ou pire, en restant prisonniers de leurs propres projections mentales pendant que l’autre s’exprime.
La véritable écoute demande de « lâcher son mental pour être présent à l’autre, et pas à ce que ça me fait quand il me parle ».
La reformulation comme miroir
Cette présence sincère à l’autre constitue le préalable indispensable à toute technique de reformulation ou de questionnement. « Si je veux pouvoir reformuler, idéalement avec tes mots, il faut que je t’écoute correctement », souligne Hervé Franceschi.
La reformulation permet de montrer à la personne qu’elle est écoutée, et de lui donner l’opportunité de se réentendre et donc de préciser sa pensée, voire de la modifier.
L’art de la reformulation réside dans le choix des mots : reprendre ceux du client quand le message est clair, utiliser ses propres termes quand une clarification s’impose.
Une écoute élargie au cheval
Dans le contexte spécifique de l’équicoaching, l’écoute active prend une dimension supplémentaire. L’équicoach doit développer une « écoute élargie aux signaux du cheval ».
Comme l’explique Sylvie Hardy-Franceschi, les équicoachs « parlent un peu plus cheval que les clients » et sont donc « plus à l’écoute du cheval et de son langage non-verbal » que la personne accompagnée.
Cette écoute du cheval permet de décoder les interactions entre l’animal et le client, d’observer les réactions équines sans tomber dans l’anthropomorphisme. Le cheval, naturellement empathique et sans jugement, devient un partenaire en offrant des informations sur ce qui se joue dans la relation.
Les fruits naturels de l’écoute
Pratiquée avec authenticité, l’écoute génère naturellement de l’empathie et de la compassion. Ces qualités ne constituent pas un objectif en soi, mais « émergent comme une conséquence de la véritable écoute ».
Cette empathie permet à l’équicoach de mieux percevoir ce que vit son client et d’accéder à des registres plus profonds concernant ses pensées, ses croyances, ses émotions et ses ressentis.
Qualité n°2 : La neutralité bienveillante
La neutralité bienveillante représente l’une des qualités les plus délicates à maîtriser en équicoaching.
Comme l’explique Sylvie Hardy-Franceschi, cette posture repose d’abord sur « le non-jugement » et la capacité à « ne pas faire de projection de ses propres problèmes, de ses propres questionnements ou de ses propres difficultés sur le client ».
Cette distance permet de garder un espace neutre entre ce que vit le client et les réactions personnelles de l’équicoach.
L’équicoach doit savoir maintenir cette neutralité, même face à des comportements qui ne correspondent pas à ses valeurs personnelles. L’enjeu n’est pas de cautionner, mais de communiquer de manière factuelle.
L’observation factuelle comme outil
Plutôt que de dire « arrête de faire ça, c’est mal », l’équicoach privilégiera une formulation neutre : « ça, je te demande de ne pas le faire ». Cette observation des faits évite de faire sentir au client qu’il est jugé ou désapprouvé.
Sylvie Hardy-Franceschi illustre l’observation factuelle par un exemple vécu : face à un client qui donnait systématiquement « une grande tape sur la croupe du cheval » après chaque exercice, elle a choisi de pointer le comportement de manière descriptive : « Je t’ai vu mettre une claque sur la croupe du cheval avant de le quitter. À quoi ça correspond ? »
Cette technique évite l’interprétation et la projection. L’équicoach s’attache à « donner l’observation factuelle de ce qu’il a vu » sans y ajouter de jugement personnel pour permettre au client une prise de conscience de ses actions.
Un langage juste sans complaisance
La bienveillance ne signifie pas complaisance. Comme le dit Hervé Franceschi, « puisqu’il n’y a pas de malveillance, il n’y a pas non plus de complaisance ». L’équicoach adopte un langage juste qui ne condamne pas, ne juge pas, ne critique pas, tout en maintenant un cadre propice à la transformation.
L’objectif est de créer un climat de confiance où la personne peut s’exprimer sans crainte d’être jugée.
Une ouverture sans a priori
Comme l’explique Hervé Franceschi, être neutre signifie « qu’on peut accepter que ça parte n’importe où ». Cette posture permet d’accueillir ce qui émerge sans avoir défini à l’avance ce qui devrait ou ne devrait pas se produire.
Cette ouverture s’avère particulièrement précieuse en équicoaching, où l’imprévu fait partie intégrante du processus. Le cheval peut réagir de manière inattendue, le client peut exprimer quelque chose de surprenant, et l’équicoach doit pouvoir accueillir ces éléments sans les filtrer à travers ses propres attentes ou préjugés.
Qualité n°3 : La pertinence
La pertinence, troisième qualité fondamentale de l’équicoach, peut se résumer par une question simple : « Est-ce que ça fait tilt ? »
Comme l’explique Hervé Franceschi, « un bon équicoach est un équicoach qui fait tilt ». Cette capacité à identifier le bon moment, le bon angle, la bonne intervention relève d’un savant mélange d’observation, d’intuition et d’analyse développées par l’expérience.
La pertinence consiste à savoir ce que tu fais ressortir ou fait émerger dans ce qui se joue émotionnellement, mentalement et relationnellement. C’est cette aptitude particulière à toucher juste, à aller là où ça résonne chez la personne accompagnée.
Identifier le besoin le plus « mûr »
Un aspect important de la pertinence réside dans la capacité à discerner, parmi les différents besoins exprimés ou latents d’une personne, celui qui est « le plus frais, le plus juste, et peut-être le plus mûr », dit Hervé Franceschi.
« Peut-être qu’il n’y a pas grand-chose à faire… Tu bouges à peine l’arbre, et les fruits tombent ».
Cette approche demande une grande finesse d’analyse. L’équicoach doit évaluer ce qui est prêt à être travaillé aujourd’hui, distinguer ce qui peut être abordé de ce qui nécessite encore du temps. Forcer sur un aspect non mature risquerait de fermer la personne, alors qu’accompagner ce qui est prêt à émerger favorise l’ouverture et la transformation.
La capacité à faire des liens
Pour Sylvie Hardy-Franceschi, « la pertinence, c’est regarder, c’est écouter, c’est ressentir. En fait, c’est mettre tous les sens à l’écoute ».
D’où la complexité de cette qualité qui mobilise l’ensemble des capacités perceptives de l’équicoach. Il s’agit véritablement « d’intelligence » au sens étymologique : « Intelligerer, c’est faire des liens ».
L’équicoach pertinent « fait des liens entre ce qu’on a vu, ce qui s’est passé entre le cheval et le client, et ce qu’il nous dit ». Cette capacité de synthèse permet de « relier les points » et de « tirer le fil » qui mènera à la prise de conscience. Les clients sont souvent surpris par cette capacité : « comment vous avez pu voir ça en trois minutes ? Ça, c’est l’histoire de ma vie ! » s’étonnent-ils régulièrement.
Une capacité développée par l’expérience
La pertinence ne relève pas du don, mais bien de l’expérience. Comme le souligne Hervé Franceschi avec humour, quand les clients s’étonnent de sa rapidité d’analyse, « c’est l’histoire bien connue. Ce n’est pas juste 5 minutes, c’est 35 ans d’expérience plus 5 minutes ».
L’expérience permet de développer « une acuité particulière pour déceler des signaux faibles, comme les généralisations, les approximations, les omissions ou les distorsions » ou encore ces moments où une personne « ne finit pas ses phrases ».
La validation par l’impact
Comment mesurer la pertinence d’une intervention ? « Souvent, c’est le client qui te le dit », répond Hervé Franceschi. « C’est le client qui est bluffé. C’est le client qui est marqué ».
Cette validation vient confirmer que l’intervention a touché juste, qu’elle a permis une prise de conscience significative, que l’équicoach a su identifier et toucher ce qui était vraiment important pour cette personne, à ce moment précis.
Qualité n°4 : L’humilité
Pour Hervé Franceschi, « l’humilité, c’est l’une des plus grandes qualités humaines, comme le courage ».
C’est d’abord par une posture physique et mentale : « L’humilité, c’est le fait d’être connecté au sol, c’est ne pas la ramener ».
Cette qualité est indissociable du travail d’un coach ou d’un équicoach. Comme l’explique Hervé Franceschi, « dans le travail du coach, il y a une posture basse qui est différente de celle de l’enseignant ou du conférencier ». Cette posture basse n’est pas une diminution de soi, mais une reconnaissance du rôle spécifique de l’accompagnant dans le processus de transformation.
« On est dans une posture dans laquelle on fait accoucher quelque chose. Et celui qui accouche, c’est l’autre. La sage-femme, le sage-homme, je ne sais pas comment on peut dire, participe à l’accouchement. Mais c’est l’autre qui fait le travail ».
La juste place de l’équicoach, c’est de faciliter sans imposer, accompagner sans prendre la place de celui qui vit la transformation. « La souffrance, elle est vécue par l’autre. Même si après, par compassion, je peux aussi la ressentir. Mais pour autant, restons humbles, c’est l’autre qui fait le travail ».
Le véritable coach, c’est le cheval
L’humilité de l’équicoach trouve un écho naturel dans la collaboration avec le cheval. Sylvie Hardy-Franceschi le rappelle régulièrement à ses stagiaires : « le véritable coach, c’est le cheval. ». Cette reconnaissance du rôle central de l’animal dans le processus constitue un puissant antidote à l’ego de l’équicoach.
Le cheval devient « mon homologue », comme l’exprime Sylvie, créant une triangulation où l’équicoach n’est plus seul face au client. « C’est le cheval qui me l’a dit », dit-elle quand les clients s’étonnent de la pertinence des observations.
Car l’équicoach sert d’interprète : « Le cheval te parle avec son langage. Et moi, je l’écoute, je l’observe et je vais te traduire, te parler avec le langage que tu entends ».
Accepter de ne pas tout contrôler
L’humilité implique également d’accepter les limites de son action. Comme le souligne Hervé Franceschi, « il faut accepter de ne pas vouloir récolter ». Parfois, l’équicoach sème sans voir les fruits de son travail, et parfois il récolte ce que d’autres ont semé avant lui.
« Il faut aussi se rappeler que le cheval est plus qu’un participant. C’est un élément extraordinaire », rappelle Hervé. L’animal « a un poids énorme dans la réussite », et nier cette contribution reviendrait à « prendre tous les lauriers ».
Le stoïcisme de l’accompagnant
L’humilité de l’équicoach s’exprime aussi par une forme de stoïcisme face aux résultats. « Par la posture de l’humilité, tu restes stoïque », explique Hervé Franceschi. Cette attitude permet de garder la bonne distance émotionnelle : « tu sais que tout ne t’appartient pas dans cette affaire ».
Cette sagesse protège l’équicoach des projections et des attentes excessives. Il n’est « pas là pour rétablir des torts, pas là pour la justice », mais simplement pour « participer à cet accouchement ». Et si « l’accouchement est trop pénible, peut-être que c’est trop tôt, c’est prématuré ». L’humilité permet d’accepter ces limites.
Cette humilité permet à l’équicoach de rester à sa juste place : celle d’un facilitateur respectueux, ni trop en retrait ni trop en avant, au service d’un processus qui le dépasse et dont il n’est qu’un des acteurs, aux côtés du cheval et du client.
Qualité n°5 : La vigilance à la sécurité et au bien-être des humains et des équidés
La cinquième qualité fondamentale de l’équicoach touche à sa responsabilité première : assurer la sécurité et le bien-être de tous les participants, humains et équidés.
Cette vigilance constitue le socle sur lequel peut s’épanouir le travail de transformation. Comme l’explique Sylvie Hardy-Franceschi, « notre rôle, c’est d’assurer la sécurité des humains vis-à-vis des équidés et de ne pas se mettre dans des situations qui peuvent générer des réactions dangereuses des équidés ».
Cette responsabilité commence par l’établissement d’un cadre clair et de consignes de sécurité pour tous, « qu’ils connaissent ou pas les chevaux ». Paradoxalement, Sylvie observe que « les plus dangereux, souvent, ce sont ceux qui pensent connaître les chevaux ».
La sécurité comme préalable à la transformation
Hervé Franceschi insiste sur l’aspect psychologique de cette sécurité : « sans cadre, en général, la majorité des personnes ont des comportements qui correspondent souvent à des automatismes qui peuvent être liés à la peur, ou à la survie ».
La sécurité physique conditionne directement la qualité du travail de transformation, car il permet l’émergence d’autres comportements : « dès que j’ai mis un cadre de sécurité, que ce soit de la confidentialité ou de la sécurité, on a une chance qu’autre chose se produise ».
La vigilance envers le bien-être équin
La protection des chevaux représente un aspect important de cette vigilance. Sylvie Hardy-Franceschi détaille cette responsabilité : « être attentif au fait qu’on ne les sollicite pas au-delà de ce qu’ils peuvent donner, qu’on ne les mette pas dans le stress ». Cette attention particulière découle de la nature empathique du cheval : « comme le cheval est une éponge émotionnelle, au bout d’un moment, ça peut le charger ».
L’équicoach doit donc être vigilant aux transferts émotionnels négatifs. Quand les participants « passent dans la frustration et proposent quelque chose de désagréable au cheval », il faut intervenir pour protéger l’animal de cette négativité. La frustration humaine ne doit jamais devenir le problème du cheval.
Le respect comme ligne rouge
La vigilance de l’équicoach inclut également l’exigence du respect envers les animaux. Sylvie Hardy-Franceschi témoigne : « j’ai vu une participante donner des coups de badine au cheval. Et en plus, c’était une cavalière ». Sa réaction est claire : « pas de ça chez moi ».
L’attention au respect des chevaux s’étend à la durée des exercices : être « vigilant à ne pas mettre le cheval dans une situation inconfortable trop longtemps ». L’équicoach doit savoir reconnaître les signes de fatigue ou d’inconfort chez l’animal et adapter en conséquence le déroulement de la séance.
Une attention individualisée
La vigilance de l’équicoach s’adapte aux particularités de chaque participant et de chaque cheval. Hervé Franceschi donne l’exemple d’une personne qui boite : « quelqu’un qui boite, j’en tiens compte. Je tiens compte de la même chose si le cheval boite ». Cette attention individualisée demande une observation constante et une adaptation permanente.
Cette vigilance s’étend aux histoires personnelles. Certains chevaux « ont été maltraités » et peuvent donc présenter des réactions particulières. De même, certains participants peuvent avoir des réflexes dangereux liés à leurs expériences passées. L’équicoach doit intégrer ces éléments dans son évaluation permanente des risques.
L’équilibre entre sécurité et liberté
La difficulté réside dans l’équilibre à trouver entre protection et liberté d’action. Comme le souligne Hervé Franceschi, « un cheval, c’est quand même pas un animal complètement sauvage, mais c’est pas un animal comme l’humain ». Cette spécificité demande une vigilance particulière, car « lui, c’est un fuyant et nous, nous sommes des contrôlants. On va avoir des réflexes qui peuvent être opposés ».
L’art de l’équicoach consiste à maintenir un cadre sécurisant tout en préservant la spontanéité nécessaire au travail de transformation.
Ces cinq qualités essentielles – l’écoute active, la neutralité bienveillante, la pertinence, l’humilité et la vigilance à la sécurité – ne constituent pas une liste exhaustive, mais elles forment le socle indispensable de toute pratique d’équicoaching respectueuse et efficace. Comme le soulignent Hervé et Sylvie Franceschi, ces qualités ne s’improvisent pas.
Elles se développent par la formation, l’expérience, et un travail constant sur soi.
C’est précisément pour développer et affiner ces qualités que Les Carnets d’Éveil proposent leur formation « Devenir équicoach ». Chacune de ces cinq qualités y est travaillée de manière progressive et approfondie, permettant aux futurs équicoachs de construire une solide posture professionnelle.
Découvrir la formation Devenir équicoach des Carnets d’Éveil.
